Il a 84 ans, il en paraît 70. Le visage un peu creusé par le temps, le kiné a le regard espiègle et charmeur. C’est un petit homme mince très dynamique, au sourire communicatif. Celui qui n’a rien perdu de sa jeunesse se dit « gâté par la vie ».

C’est au détour d’une conversation avec un client de son père, boulanger, que Michel Blier s’est orienté vers la kinésithérapie. Un métier peu reconnu au milieu du XXe siècle. « On était considérés comme des rebouteux », se souvient le praticien. Michel Blier quitte donc la Normandie et Granville pour suivre ses études à Paris. Le jeune homme fraîchement diplômé rejoint ensuite l’hôpital d’Avranches, appelé par le chirurgien de l’époque. Ils sont alors deux kinés à exercer dans le Sud-Manche, deux Blier, deux frères : l’un à Granville l’autre à Avranches.

« Je n’ai pas vu le temps passer »

Michel Blier exerce au cabinet et au domicile de ses patients. « Les visites à domicile c’est une source d’enrichissement, on rentre dans l’intimité des gens. Et puis on fait beaucoup de nouvelles rencontres. On est un peu leur psy », raconte le futur retraité. Le praticien se lève à 6 h 15 et finit vers 20 h, du lundi au samedi. Il voit environ 25 à 30 patients par jour. « J’aime mon travail, c’est un vrai plaisir d’exercer ce métier. Je n’ai pas vu le temps passer. Et puis, quand on aime on ne compte pas ! »

Michel Blier voit certains de ses patients depuis 1972. (Photo : DR)

Michel Blier s’est entouré de plusieurs spécialistes au long de sa carrière. Lui et ses collègues achètent une maison boulevard Gauchet, rasée, puis reconstruite en un immeuble avec piscine au sous-sol pour les patients. Il restera en parallèle jusqu’en 1994 à temps partiel à l’hôpital, en pédiatrie et néonatalité.

Son collègue et ami Roland Cardin travaille avec lui depuis 15 ans. « C’est un homme courtois, charmant et charmeur. J’ai eu grand plaisir à travailler avec lui, raconte son collègue et ami. L’âge de la retraite est aujourd’hui de 66 ans pour les kinés. Moi ce sera dans deux ans. Peut-être que je continuerai un peu, mais sûrement pas jusqu’à 84 ans ! »

Médaille

Au fils des années, les associés de Michel Blier prennent leur retraite et lui est toujours là. Il voit certains de ses patients depuis 1972. « C’est une relation de confiance qui s’installe, relativement intime, raconte Michel Blier, les gens n’aiment pas changer. »

Il reçoit le 26 novembre 2016 la médaille de l’ordre des masseurs kinésithérapeutes. Celui qui n’a jamais été arrêté de sa vie et n’a jamais pris plus de quinze jours de vacances dans une année ne conçoit pas qu’on puisse être en repos plusieurs fois dans la semaine…

« Toute ma vie j’ai été chanceux. De me lancer dans cette voie, de tomber sur un chirurgien qui m’a fait confiance dès le début, d’avoir toujours été en bonne santé et de faire un travail qui me plaît autant. » Fin avril, le kiné prendra sa retraite. À 84 ans, Michel Blier raccrochera sa blouse blanche et tournera les talons, au terme de 57 ans de carrière.

PAR MARGOT HAIRON – Edition du soir Ouest France du 23/03/2017

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